2025 : La ville 30 et ses limites contre la pollution de l'air
- ChartràVélo

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La pollution de l'air représente une menace silencieuse qui s'insinue insidieusement dans la vie quotidienne, souvent sans que nous en soyons pleinement conscients. Les transports, les émanations industrielles et nos pratiques résidentielles ont des conséquences sérieuses sur la santé, notamment chez les plus jeunes. Nous en sommes convaincus et nous défendons les aménagements et politiques qui visent à réduire le recours aux véhicules polluants pour des trajets courts.
Dans ce contexte, l'initiative de la ville de Chartres de limiter la vitesse en ville à 30 km/h depuis le 1er janvier 2021 prend tout son sens. Cette mesure a été travaillée avec l'association ChartràVélo. Elle représente pour nous un pan essentiel de la ville de demain. En 2024, elle s'est étendue à quelques communes de l'agglomération Mainvilliers et Gasville-Oisème. D'autres communes hiérarchisent peu à peu leur voirie en réduisant la vitesse sur les axes fréquentés ( Lèves, Lucé ). L'engagement d'autres communes en ville 30 pourrait avoir un effet bénéfique à l'échelle de l'agglomération. En effet, l'année 2025 est marquée par une stabilisation de la moyenne annuelle du dioxyde d'azote et une remontée des particules fines, les enjeux dépassent la seule commune de Chartres, les communes voisines doivent s'inscrire dans cette dynamique pour contribuer dans notre agglomération à la baisse des polluants.
Cinq ans après la mise en place de cette mesure, ChartràVélo a pris appui sur les données publiées par Lig'Air (1), de 2019 à 2025. A Chartres, cette association mesure heure par heure les polluants présents dans l'air par l'intermédiaire de deux capteurs installés, avenue du Maréchal Foch et au Lycée Fulbert. Les polluants analysés sont l'ozone, les particules fines (PM10 et PM2,5), le dioxyde d'azote (µg/m3) et le monoxyde d'azote. Nous avons concentré notre travail sur les particules fines et le dioxyde d'azote.
Grâce à ses données, nous étudions chaque année, l'impact d'une réduction de la vitesse sur la qualité de l'air et, par conséquent, sur la santé publique. Il faut garder à l'esprit que d'une année sur l'autre, les taux de concentration en polluant sont soumis à des fluctuations qui sont liées aux conditions météorologiques (certaines conditions anticycloniques favorisent les particules fines en hiver et les NOx en été). Il faut donc prendre appui sur les chutes d'émissions sans exclure une année défavorable lors de conditions anticycloniques persistantes.
Les données de 2023 et 2024 soulignent un lien tangible entre cette limitation de vitesse et une réduction significative des épisodes de pollution, ouvrant ainsi la voie à une réflexion approfondie sur les solutions concrètes pour préserver notre environnement et la santé des générations futures.
L'impact de ses polluants sur la qualité de vie sont importants. Selon l'association Respire, 48 000 décès prématurés par an en France sont attribuables aux particules fines (PM2,5), soulignant l'ampleur du problème.
Les effets de l'exposition à la pollution de l'air vont au-delà des problèmes respiratoires tels que l'asthme et les infections. Des études indiquent que cette pollution affecte le développement cognitif et la santé mentale des enfants. Une exposition prolongée augmente jusqu'à quatre fois le risque de troubles dépressifs majeurs chez les enfants et peut même réduire leur espérance de vie jusqu'à quinze mois dans les zones urbaines densément peuplées.
La principale source de pollution en milieu urbain vient du trafic routier qui est responsable de :
47 % des émissions d’oxydes d’azote (NOx) (contre 52,4% en 2021)
14 % des émissions de particules.
Impact de la réduction de la vitesse à 30 km/h dans l'agglomération de Chartres
En 2021, Chartres a limité la vitesse en ville à 30 km/h, rejoint en 2024 par Mainvilliers et Gasville-Oisème, des initiatives étudiées par ChartràVélo grâce aux données de Lig'Air , l'Association de surveillance de la qualité de l'air en région Centre-Val de Loire et de Géod'Air. Nous avons utilisé les moyennes journalières. Les données ont montré un effet rapide sur la baisse du nombre de jours dépassant les normes européennes jusqu'en 2024. Les chiffres révèlent une diminution significative des niveaux de PM10, PM2,5 et NO2 depuis l'implémentation de cette mesure, contribuant à créer un environnement plus sain pour les habitants, en particulier les enfants. En 2025, les chiffres soulèvent des inquiétudes, les moyennes annuelles de concentration de particules fines repartent à la hausse, associées une multiplication par deux du nombre de jours dépassant les plafonds de l'OMS.
Les plafonds fixés par la règlementation française sont deux à quatre supérieurs aux objectifs internationaux. Les valeurs annuelles recommandées par l'OMS pour la qualité de l'air sont les suivantes :
valeur limite annuelle de particules fines PM10 à 15 µg/m3;
valeur limite annuelle de particules fines PM2,5 à 5 µg/m3 ;
valeur limite annuelle de dioxyde d’azote (NO2) à 10 µg/m3.
A Chartres :
en 2019 les moyennes étaient les suivantes :
Moyenne annuelle de particules fines PM10 de 15 µg/m3,
moyenne annuelle de particules fines PM2,5 de 11 µg/m3,
moyenne annuelle de dioxyde d’azote (NO2) à 19 µg/m3.
en 2024, les moyennes ont baissé :
moyenne annuelle de particules fines PM10 en baisse à 12 µg/m3,
moyenne annuelle de particules fines PM2,5 en baisse à 6,5 µg/m3,
moyenne annuelle de dioxyde d’azote (NO2) stable à 13 µg/m3.
en 2025, les moyennes ont évolué :
moyenne annuelle de particules fines PM10 en baisse à 14 µg/m3 (+2),
moyenne annuelle de particules fines PM2,5 en hausse à 8 µg/m3 (+1,5),
moyenne annuelle de dioxyde d’azote (NO2) stable à 13 µg/m3.
A titre de comparaison, à Dreux, en 2019 :
moyenne annuelle de particules fines PM10 de 12,1 µg/m3,
moyenne annuelle de dioxyde d’azote (NO2) à 10,6 µg/m3.
A titre de comparaison, à Dreux, en 2024 :
moyenne annuelle de particules fines PM10 de 11 µg/m3,
moyenne annuelle de dioxyde d’azote (NO2) à 7 µg/m3.
A titre de comparaison, à Dreux, en 2025 :
moyenne annuelle de particules fines PM10 de 13 µg/m3 (+2)
moyenne annuelle de dioxyde d’azote (NO2) à 8 µg/m3 (+1).
Ces moyennes annuelles montrent une tendance et ne permettent pas de tirer des conclusions. La baisse se fait sentir depuis une décennie, en 2007 moyenne annuelle de PM10 était de 27 µg/m3 et en 2002 la moyenne annuelle de NO2 était de 23 µg/m3.

Année | Nombre de jours PM10 >45 µg/m3 | Nombre de jours PM2.5 >15 µg/m3 | Nombre de jours PM2.5>15 µg/m3 | Nombre de jours NO2>25 µg/m3 |
Station Fulbert | Station Fulbert | Station Foch | Station Foch | |
2019 | 5 | 68 | 78 | |
2020 | 1 | 33 | 38 | |
2021 | 5 | 53 | 53 | 35 |
2022 | 2 | 50 | 50 | 26 |
2023 | 3 | 35 | 64 | 24 |
2024 | 0 | 22 | 14 | 8 |
2025 | 2 | 52 | 38 | 21 |

Pour réaliser notre travail, nous avons pris appui sur les valeurs limites recommandées par l'OMS par jour :
valeur limite journalière de particules fines PM10 à 45 µg/m3;
valeur limite journalière de particules fines PM2,5 à 15 µg/m3 ;
valeur limite journalière de dioxyde d’azote (NO2) à 25 µg/m3.
L'année 2020 est une année particulière, l'arrêt de l'activité économique et la limitation des transports a eu un effet significatif sur la baisse des émissions de polluants et de particules fines. Par ailleurs, le capteur PM2.5 au lycée Fulbert n'a été installé que le 1er avril 2021. Cependant, on constate qu'entre 2019 et 2024, le nombre de jours où le seuil de PM10 est supérieur à 45 µg/m3 baisse de 100%. En 2025, deux jours dépassent le seuil maximal autorisé, mais peuvent être expliqué par la présence de travaux à proximité du secteur.
Entre 2019 et 2024, le nombre de jours où le seuil de PM2.5 supérieur à 15 µg/m3 ont baissé de plus de 79%. En 2025, le nombre de jours dépassant la limite autorisé à plus que doublé. Ce qui marque une évolution en 7 ans de moins de 44% de jours dépassant le seuil recommandé.
L'effet de la limitation de vitesse, le plus tangible est la chute du nombre de jours d'émissions de dioxyde d'azote (NO2) supérieure aux recommandations entre 2019 et 2025 (divisé par 4), bien qu'il est divisé presque par 10 entre 2019 et 2024, le nombre de jours dépassant le seuil a été multiplié par 2,5. Dans l'agglomération de Chartres, le trafic routier génère plus de la moitié des émissions de ce gaz issu de la combustion. C'est un gaz irritant pour les bronches. Il provoque des troubles respiratoires, des affections chroniques et des perturbations du transport de l'oxygène dans le sang, en se liant à l'hémoglobine. Plus de 40% des déplacements dans l'agglomération font moins de 5 km et sont fait majoritairement en voiture, là où d'autres modalités de déplacement sont à encourager.
La réduction de la vitesse en ville à 30 km/h à Chartres, Mainvilliers et Gasville-Oisème se révèle être une stratégie pour lutter contre la pollution de l'air, en particulier les émissions de particules fines et de dioxyde d'azote. Ces efforts locaux alignent Chartres sur les objectifs ambitieux de l'OMS visant à créer un environnement plus sain pour tous. Il est crucial de continuer à prendre des mesures concrètes pour protéger la santé des enfants et des générations futures contre la menace invisible de la pollution de l'air (rue scolaire, plan vélo à l'échelle de l'agglomération).
Pour aller plus loin, il faut encourager le report modal massif des trajets de courtes distances réalisés en voiture, remplacés par les modes actifs ou les transports en commun. Il faut favoriser l'essor des modes actifs, en leur offrant plus de sécurité et en les rendant plus compétitifs pour les trajets courts majoritaires en ville.
(1) Lig’Air : Association agréée pour la surveillance de la qualité de l’air en région Centre-Val de Loire. https://www.ligair.fr/les-moyens-d-evaluation/par-la-mesure/reseau-automatique
Recommandations de l'OMS














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